L'avenir des Grands Bains


Bonne santé financière ?        (23/2/2018)

On peut lire dans le compte-rendu du conseil municipal du 20 décembre dernier que « c’est la bonne santé financière et l’attractivité grandissante des Grands Bains qui confirment, en cette fin d’année 2017, l’opportunité de la priorité donnée par le conseil municipal à cet équipement ».

Autojustification ? Pour le moins !

Auto-persuasion ? On est en droit de se poser la question…

« Attractivité grandissante » ? Certes les chiffres obtenus au moyen d’une consolidation du budget primitif voté en mars 2017 et des deux décisions modificatives, votées en août 2017 pour la première et en décembre 2017 pour la deuxième, pouvaient laisser penser que l’exercice 2017 allait être marqué par une progression remarquable du chiffre d’affaires : + 320 000 euros, soit + 9 %, aussi bien par rapport aux hypothèses initiales du budget primitif que par rapport au chiffre d’affaires de l’exercice 2014 de Valvital, le meilleur des huit exercices annuels sous sa direction.

En fait, au vu des chiffres présentés à la commission des finances le 25 janvier de cette année, dans le cadre des travaux de préparation du budget 2018, cette progression est « seulement » de + 154 000 euros, soit + 4 %.

Du coup, on est en droit de s’interroger sur les raisons pour lesquelles des chiffres présentés le 20 décembre, soit moins de deux semaines avant la clôture de l’exercice, étaient affectés d’une telle erreur. Pourrait-il s’agir d’un procédé auquel il a bien fallu recourir pour présenter une décision modificative équilibrée ? Il est troublant à cet égard de constater qu’à part ce chiffre de recettes « optimiste », il n’y a aucune différence notable entre les autres chiffres de ladite décision modificative et ceux qui ont été présentés à la commission des finances le 25 janvier.

Il reste que + 4 %, c’est déjà bien. De là à parler d’une « attractivité grandissante », le pas est peut-être un peu trop vite franchi. D’autant plus que l’absence de publication des chiffres de fréquentation ne permet pas de faire la part entre une évolution de celle-ci et la hausse des tarifs décidée en 2016.

« Bonne santé financière » ? Là aussi, il est sans doute un peu audacieux, voire hasardeux, de faire une telle déclaration au terme d’un exercice au fil duquel il a fallu multiplier par huit (deux fois quatre) les sommes qu’il était prévu de prélever sur le budget principal de la commune pour être apportées au budget annexe des Grands Bains sous la forme de dotations et d’avances remboursables : 1 241 000 euros au final contre 150 000 euros prévus1 au départ.

1 150 000 euros dans le budget primitif de la commune… Dans le budget primitif des Grands Bains, c’étaient 300 000 euros qui étaient prévus ! Ou comment équilibrer le budget primitif d’un bénéficiaire, les Grands Bains en l’occurrence, sans trop déséquilibrer celui du payeur, la commune dans le cas présent ?

Il nous sera sans doute objecté que :

  • l’exercice 2017 des Grands Bains n’a pas eu d’autre choix que de supporter deux lignes de dépenses d’investissement d’un montant exceptionnellement élevé : une pour la prise en charge de quelque 1 178 000 euros de dépenses d’équipement, justifiées par le mauvais état général de l’établissement « découvert » en 2015-2016, une autre pour la prise en charge de quelque 648 000 euros de résultat reporté négatif en raison des déficits accumulés entre 2008 et 2016 ;

  • les ressources propres des Grands Bains ne suffisant pas à faire face à ces dépenses, il a bien fallu trouver une solution pour leur apporter les ressources extérieures nécessaires, surtout en l’absence des 923 000 euros de subventions que Madame le maire a déclaré à deux reprises2 en 2016 avoir demandées à l’Europe et à la région PACA3.

2 Dans le Dauphiné libéré, notamment.

3 Etonnant ce refus de subventions de la part de la région PACA, pour un établissement indispensable au « rayonnement des Alpes du Sud » selon Madame le maire. Mais peut-être Madame le maire n’a-t-elle pas réussi à faire partager sa conviction à ses collègues du conseil régional ?

Cette situation exceptionnelle ne saurait cependant être l’arbre qui cache la forêt de la persistance de ce qui pourrait bien être le mal congénital des Grands Bains : leur incapacité à équilibrer leur budget d’investissement avec les excédents de leur budget d’exploitation, incapacité dont la situation exceptionnelle décrite ci-dessus n’est que le résultat cumulé.

Car c’est cette incapacité qui a été, entre 2008 et 2016, la cause de l’accumulation d’un déficit de 985 000 euros et qui peut expliquer en partie, sans toutefois le justifier, le non-respect par la commune, pendant la même période, de ses obligations contractuelles d’entretien et de grosses réparations, faute des ressources nécessaires.

C’est cette incapacité qui, si elle perdure, risque d’obliger la commune à continuer de prélever sur ses ressources des sommes conséquentes pour les reverser au budget des Grands Bains.

En effet, la section d’investissement du budget des Grands Bains comporte, au moins jusqu’en 2023, des dépenses financières récurrentes liées aux annuités de remboursement des emprunts bancaires contractés en 2005. Ces annuités se sont élevées à 541 000 euros en 2017. Elles s’élèveront à 554 000 euros en 2018.

A ces annuités de remboursement des emprunts bancaires contractés en 2005 s’ajoutent dorénavant, et jusqu’en 2022, les annuités de remboursement des « avances remboursables à cinq ans » accordées par la commune aux Grands Bains en 2017. C’est ainsi que lesdites annuités s’élèveront à 337 700 euros en 2018.

En plus de ces dépenses financières récurrentes, il faudra bien que la section d’investissement du budget des Grands Bains prévoie des dépenses d’équipement conséquentes, sauf à courir le risque de laisser se recréer le mauvais état général de l’établissement « découvert » en 2015-2016.

Or qu’en est-il des perspectives d’excédents de la section d’exploitation du budget des Grands Bains susceptibles d’être virés à la section d’investissement dans les années à venir ?

Le bilan qu’il est possible de tirer de l’exercice 2017 n’est pas très encourageant à cet égard.

Le budget primitif des Grands Bains voté en mars 2017 prévoyait un montant de 946 500 euros pour l’excédent de la section d’exploitation destiné à être viré à la section d’investissement. Ce montant a été ramené à 525 000 euros en fin d’exercice en raison, notamment, de l’importante correction (+ 549 000 euros) qu’il a fallu très vite apporter aux prévisions initiales de dépenses de gestion des services4, compensée, mais seulement en partie, par la hausse du chiffre d’affaires mentionnée plus haut (+ 154 000 euros).

4 + 363 000 euros pour les charges à caractère général et + 186 000 euros pour les charges de personnel et frais assimilés.

Le budget primitif des Grands Bains pour 2018 n’est pas plus encourageant. En effet, il prévoit un montant de 860 500 euros pour l’excédent de la section d’exploitation destiné à être viré à la section d’investissement et un montant de 891 700 euros pour les dépenses financières de la section d’investissement (la somme des 554 000 euros + 337 700 euros présentés plus haut).

Les excédents de la section d’exploitation virés à la section d’investissement continueront donc à être absorbés par les seules dépenses financières de ladite section comme ils l’ont été depuis 10 ans, le changement du mode de gestion des Grands Bains n’ayant pas été, à cet égard, la solution miracle qui était attendue. C’est même tout le contraire puisque les « économies » attendues de la fin des « prélèvements » de Valvital auraient dû faire que l’excédent de la section d’exploitation destiné à être viré à la section d’investissement soit non pas de 525 000 euros mais aux alentours de 937 000 euros5 !

5 525 000 euros d’excédent effectivement constaté en fin d’exercice 2017 + 412 000 euros de « prélèvements » de Valvital « économisés » : 197 000 euros de management fees + 172 000 euros de redevances de marque + 43 000 euros de bénéfice net (chiffres réalisés par Valvital en 2014 – le meilleur des huit exercices sous sa direction).

La raison de ce qui précède se trouve en très grande partie dans une progression des dépenses de la régie beaucoup plus forte que celle de ses recettes, en comparaison de ce qui a été réalisé par Valvital en 2014. Et ça non plus, ce n’est pas très encourageant.

Pour illustrer ce qui précède, avec un total de dépenses d’exploitation de 3 838 600 euros pour la régie en 2017 contre un total de charges de 3 492 100 euros pour Valvital en 2014, les dépenses d’exploitation de la régie en 2017 sont supérieures de 346 500 euros aux charges de Valvital en 2014. Elles auraient été inférieures de 65 500 euros, si l’effet bénéfique attendu de la fin des « prélèvements » de Valvital n’avait pas été contrecarré par ce qu’il est sans doute permis de qualifier de « dérapage » des dépenses d’exploitation de la régie.

Qu’en sera-t-il, dans ce contexte, du financement des dépenses d’équipement futures ?

Assistera-t-on à une poursuite de la politique de « priorité donnée par le conseil municipal à cet équipement » inaugurée en 2016-2017 et donc à d’importants prélèvements sur les ressources du budget principal de la commune, au mépris des principes d’orthodoxie financière en matière d’équilibre recettes-dépenses des services publics industriels et commerciaux ? Et au mépris de l’engagement pris auprès des habitants du Monêtier d’un équipement qui « non seulement ne leur coûterait rien, mais permettrait de financer la construction d’un équipement public, comme une piscine municipale ».

Continuera-t-on, à l’instar de ce qui été fait entre 2008 et 2016, à faire l’impasse sur le réinvestissement annuel d’une part du chiffre d’affaires qu’une étude d’Atout France6 situe entre 3,5 et 7 % du chiffre d’affaires, en soulignant qu’il est « nécessaire au renouvellement de l’offre et au maintien de l’attractivité du site » et qu’il doit « impérativement être intégré à tout business plan d’équipement touristique ou de loisirs ».

6 Atout France – Equipement aqualudiques – Marchés, enjeux et perspectives d’évolution – Décembre 2009 – p. 93

Faudra-t-il se résoudre à hausser les tarifs d’accès aux Grands Bains afin de les mettre en ligne avec les vrais coûts de ceux-ci, financement des investissements compris, au risque de faire fuir une partie de la clientèle ?

Bonne santé financière, avez-vous dit ?


EXAMEN DES RAPPORTS D’ACTIVITÉ DE VALVITAL

3 octobre 2016 - par Gilles du Chaffaut, Elu municipal


PREAMBULE : ces rapports d’activité annuels sont une obligation. Ils sont transmis au délégant, la commune du Monêtier en l’occurrence, en général au milieu d’année N pour l’année N-1(à l’issue de la clôture des comptes annuels du délégataire, la Compagnie fermière des Grands Bains, plus connue sous son enseigne commerciale «Valvital»). 

Ils doivent faire l’objet d’une présentation au conseil municipal, ce qui n’a jamais été le cas depuis 2009, première année complète d’exploitation des Grands Bains... 

C’est pourtant une des façons pour la commune d’exercer son contrôle démocratique sur Valvital.

Les informations tirées des rapports d’activité sont complétées, le cas échéant, par des informations tirées des comptes annuels déposés par la Compagnie fermière des Grands Bains auprès du greffe du Tribunal de commerce de Gap (disponibles sur le site Infogreffe).


ANNÉE 2008:

Ouverture au public début août 2008 (avec deux mois de retard sur la date prévue initialement).

Livraison complète des installations: mi-décembre 2008.

Chiffre d’affaires («CA») de 652 000€.

Montant des investissements réalisés par Valvital au cours de l’exercice: 442 000€.


ANNÉE 2009:

CA (Chiffre d'Affaire) de 2 519 000€, composé à 80% par les entrées aux bains et à 15% par les entrées dans l’espace romano-irlandais, pourcentages qui ne fluctueront guère au cours des années.

Le rapport technique évoque l’entartrage des réseaux, qui «pénalise l’exploitation, ce qui semble remettre en cause l’équilibre du contrat d’affermage» (déjà !). 

Les principaux éléments défectueux (ils sont listés sur deux pages) concernent le revêtement du bassin extérieur, la moisissure des douches publiques. Il est pointé la non livraison de la «maison des enfants», pourtant prévue dans le programme de l’équipement.

Il est noté deux contaminations.

Montant des investissements réalisés par Valvital au cours de l’exercice : 31 000€.

Le rapport contient 34 pages.


ANNÉE 2010:

CA de 3 013 000€, avec toujours le même rapport entre les grands bains et l’espace romano-irlandais.

Rapport très succinct –16 pages – sans rapport technique.

Défaillance d’une pompe à chaleur.

Montant des investissements réalisés par Valvital au cours de l’exercice : 25 000€.


ANNÉE 2011:

CA de 3 253 000€ (+ 8 %).

Répartition par secteur d’activité:

Remise en forme:2 777 000€

Restauration:297 000€

Autres prestations:15 000€

Vente de marchandises:164 000€

Autres produits:0,3 K€

Il est noté des freins au développement : maison des enfants non ouverte, notamment.

Rapport technique: dégradation du bassin extérieur, entartrage, vieillissement prématuré des installations, défauts dans le revêtement en résine des deux grands bassins, nombreux équipements défectueux.

Améliorations apportées par Valvital : consignées dans une annexe qui ne m’a pas été fournie.

Montant des investissements réalisés par Valvital au cours de l’exercice : 111 000€.

Rapport de 30 pages.


ANNÉE 2012:

CA de 3 229 000€ (+ 0,7% seulement en raison notamment d’une fermeture «technique» de 15jours).

Nombreuses réclamations des usagers sur les équipements: jacuzzis, séchoirs, lits bouillonnants, etc.

Le groupe déclare s’imposer en France et à l’étranger, grâce à sa politique de promotion.

Travaux réalisés par Valvital: 89 000€.

Montant des investissements réalisés par Valvital au cours de l’exercice : 114 000€.

Rapport de 42 pages avec de nombreux exemples d’encarts publicitaires.


ANNÉE 2013:

CA de 3 419 000€ (+ 5,9 %).

Les réclamations concernant les défaillances techniques de l’installation augmentent ; Valvital note que les malfaçons du bâtiment ont conduit la commune à engager une procédure devant le tribunal administratif.

Le rapport technique note que ces malfaçons obèrent le fonctionnement des installations, qui ont conduit à la fermeture de certaines zones. 

Il pointe aussi l’obsolescence des immobilisations (pompe à chaleur, notamment) et les conditions de travail très dégradées pour le personnel (problèmes de sécurité), et indique qu’une évaluation financière de ces préjudices est en cours, menée par Valvital.

Montant des investissements réalisés par Valvital au cours de l’exercice : 146 000€.

Rapport de 40 pages.


ANNÉE 2014:

CA de 3 464 000€ (+ 1,3 %).

Le rapport technique fait état de travaux réalisés sur les biens de la délégation et de l’achat d’équipements et de matériel.

Montant des investissements réalisés par Valvital au cours de l’exercice : 333 000€.

Les nombreuses réclamations des usagers sont prises en compte, dans la mesure du possible. 

L’estimation des pertes de recettes dues aux dysfonctionnements est également en cours.



ANNÉE 2015:

CA de 3 201 000€ (-7,6 %).

La perte de recettes est due pour l’essentiel au déclin des installations qui, de plus, dégradent l’image de marque de l’équipement.

Travaux réalisés par Valvital: environ 100 000€ (92 000€ prévus pour 2016).

Montant des investissements réalisés par Valvital au cours de l’exercice : 129 000€.

En annexe, figure le bilan des immobilisations depuis 2008:

                                            Base d’amortissement          VNC* au 31.12.2015          VNC au 31.07.2016

Sous-total biens de reprise       1.281 000€                             587 000€                                533 000€

Sous-total biens propres                40 000€                             35 000€                                  34 000€


* VNC : valeur nette comptable


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Voir le compte rendu du conseil municipal du 27 juin sur l'unique délibération, qui concernait la décision d'une passage en régie municipale. 

Retrouver nos articles sur le sujet dans notre rubrique lu vu dans la presse

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Appel à un débat public lancé par Gilles Du Chaffaut et Patrick Lespinasse sur l'avenir des grands bains (mai 2016) et resté sans réponse...

https://sites.google.com/site/monetierpourtous/vous-informer/lepointsurnosdossiers/avenir-des-bains/0001.jpg